Archives mensuelles : décembre 2018

Quand la ville mange sa campagne

Évolution de l’urbanisation à Brest métropole depuis les années 1950

L’animation présentée ici restitue l’évolution de l’urbanisation dans le territoire de Brest métropole des années 1950 à nos jours, avec un pas de 5 ans.

Comment a-t-on produit cette animation ?

Cette animation a été produite à partir des données cadastrales de 2015, téléchargées sur le catalogue GéoBretagne[1] :

La date de construction des bâtiments y étant renseignée, il est possible de restituer l’évolution de l’urbanisation année par année si on veut ! Pour notre animation, nous avons choisi un pas de 5 ans.

En théorie on peut remonter à la date de construction de chaque bâtiment. Mais dans une ville comme Brest, largement détruite durant la seconde guerre mondiale, il n’est pas très pertinent de remonter avant les années 1950…

Qu’observe-t-on ?

Le caractère tentaculaire de l’urbanisation est démontré de manière spectaculaire. Elle prend d’abord la forme d’une densification des espaces bâti, particulièrement notable à Brest avant 1965. Elle est suivie par un important étalement urbain, comme le montre l’extension considérable de tous les centres-villes et bourgs des communes de BMO, ainsi que l’apparition de nouveaux pôles d’urbanisation comme à Bellevue (Brest) à partir de 1965, ou comme à La Trinité, puis Castel-Nevez à Plouzané à partir de 1965-70.

Le rôle des voies de communication est localement perceptible, comme le long de la D712 de Brest à Guipavas, le long de la D12 à Plouzané avec son triple bourg Plouzané / Castel-Nevez / Kerallan, ou bien à Plougastel où l’urbanisation de Keraliou et de Traouidan suit manifestement la construction du pont de l’Iroise.

Le rôle exercé par certains aménagements est également visible : l’urbanisation de Plouzané est manifestement accélérée par la création du CNEXO (ancien nom de l’Ifremer) à partir de 1970, puis par la création du Technopole à partir de 1990.

Quelques chiffres…

Cette urbanisation se traduit par une importante consommation d’espace, comme le montre le graphique ci-dessous, établi à partir des mêmes données cadastrales.

On remarque notamment l’importance des espaces bâtis à Brest (40 %) et au Relecq-Kerhuon où la moitié du foncier de la commune est bâti.

Il convient de signaler en outre que l’espace urbanisé est sous-estimé par ces chiffres qui considèrent seulement les emprises bâties : les espaces artificialisés mais non bâtis (voirie, parkings, jardins publics, terrains de sport, etc.) ne sont pas systématiquement représentés. Mais cela dépend des quartiers : à Bellevue, par exemple, seules les emprises bâties sont représentées ; tandis que toute l’emprise de l’arsenal (base sous-marine, formes de Laninon, rives de la Penfeld) est considérée comme bâtie. A proprement parler, ce n’est pas incorrect puisqu’il s’agit d’un polder (un espace gagné sur la mer par remblaiement…). Par comparaison, le polder du port de commerce, n’est pas considéré comme bâti.

Évidemment, toute cette consommation d’espace s’effectue au détriment des espaces naturels et, surtout, agricoles. On est quand même sur le plateau léonard !

Personne ne conteste l’utilité de procurer des logements dignes à tous, objectif prioritaire s’il en fut lors de la période de la reconstruction et qui le reste tout autant aujourd’hui. Et s’il est indispensable de procurer des espaces adaptés au développement des activités économiques, il ne l’est pas moins de réserver aussi des espaces à l’activité agricole. Après tout, elle nous procure notre alimentation et de nombreux autres services, notamment liés à la qualité de notre environnement donc à notre qualité de vie. Qui peut encore prétendre que la valeur des sols ne dépend que de son prix au mètre carré ?

On continue jusqu’à quand ? Surtout, on ne change rien !

La carte suivante présente les zones consacrées à l’urbanisation (UA) dans un avenir plus ou moins proche par le PLU actuel[2]. Elle montre que la consommation de terres n’est pas terminée.  La logique de l’étalement urbain est bien toujours à l’œuvre, donnant le sentiment qu’il faut à tout prix achever les projets consommateurs d’espace imaginés dans les années 1970, lorsque les aménageurs prévoyaient une ville de Brest de 400 000 habitants, dans une région urbaine (Pays de Brest) d’1 million d’habitants ! [3]

Considérant l’évolution démographique réelle de l’agglomération et du pays de Brest dans son ensemble, il serait quand même plus raisonnable d’intégrer les contraintes environnementales du 21ème siècle dans la réflexion sur l’évolution de notre mode d’habiter, et de privilégier par exemple le renouvellement de la ville sur elle-même.

L’avis défavorable donné unanimement à la révision du SCOT du Pays de Brest par les commissaires enquêteurs devrait nous alerter [4]. Il y a cependant gros à parier qu’il sera balayé d’un revers de manche par les décideurs (préfet, élus, …).

Il va falloir ouvrir l’œil !      

[1] La donnée est accessible à partir de ce lien : le cadastre sur géoBretagne

[2] Le PLU brestois est consultable à l’adresse suivante : https://www.brest.fr/dessiner-un-urbanisme-equilibre/le-plan-local-d-urbanisme/consulter-le-plan-local-d-urbanisme-1746.html

[3] Chiffres prospectifs de l’INSEE cités par Georges Lombard dans son fameux ouvrage de 1976 “Au service de Brest”

[4] Voir page 77 du rapport de l’enquête publique sur la révision du SCOT du pays de Brest publié le 14 septembre 2018 : Conclusions-et-avis